De l’importance de la relecture

Votre amie férue de mots-croisés et incollable sur l’orthographe va devenir votre nouvelle meilleure alliée. Parce que le correcteur automatique de Microsoft Word ne vous aidera que jusqu’à un certain point.

Une espace fine insécable, insérée avant le guillemet fermant.

Ma biographie sur Twitter précise que je suis un « tyran de l’espace insécable ». C’est un titre qui m’a été attribué lorsque je travaillais pour Sortie d’Usine, un magazine de cinéma mis en place par l’équipe du CinéClub de SciencesPo. Je n’étais pas un étudiant de la vénérable institution de la rue Saint-Guillaume mais ma relative maîtrise d’InDesign et mes connaissances graphiques avaient convaincu l’éditrice-en-chef que j’étais la personne nécessaire pour les aider à accoucher de leur bébé en papier.

Une espace insécable est un signe typographique numérique consistant en une espace que l’on intercale entre deux mots (ou un mot et une ponctuation) qui ne doivent pas être séparés en fin de ligne. L’espace insécable permet d’éviter qu’un mot, un ensemble de mots, un nombre, une date ou une ponctuation soient rejetés et isolés au début de la ligne suivante lorsque cela nuirait à la fluidité de la lecture.
 — article Wikipedia sur l’espace insécable

Pendant un an, j’ai passé des soirées à mettre en page et corriger des articles de cinéma. Et chaque semaine, à nos réunions de rédaction, je prenais la parole sur le même credo : les articles devaient être plus soigneusement relus et les règles de ponctuation française devaient être respectées.

Le processus créatif est, permettez-moi le terme, bordélique.

Pourquoi choisir cette anecdote pour me présenter à vous ? C’est vrai qu’à me relire, je me trouve un méchant air de pinailleur, prêt à stopper le flot créatif pour des questions d’espace. Loin de moi cette idée.

Prenez cet article : à la relecture, je me suis rendu compte que mon brouillon était truffé d’oublis : terminaisons en -ent manquantes et ce qui semble être mon insurmontable ennemi dans la grammaire française : la distinction entre participe passé et infinitif. Personne ne produit un texte écrit parfait d’une traite. Et heureusement.

Le processus créatif est, permettez-moi le terme, bordélique. Il faut coucher ses idées et trouver les meilleures façons de les lier. C’est compliqué pour un article de blog et ça l’est encore plus pour des textes aussi complexes qu’un scénario. Même le synopsis, avec son exigence de concision, n’a jamais été un travail évident et rapide.

Personne ne produit un texte écrit parfait d’une traite. Et heureusement.

Avec Raphaël, nous avons ouvert la réception de projet sur notre nouvelle plateforme, Paper to Film. L’équipe du comité de lecture et nous deux, lisons ces textes avec attention, toujours à la recherche de ces pépites qui feront les grands films et moments de télévision mémorables de demain. Mais encore trop souvent, des projets intéressants arrivent truffés de fautes.

Ces projets sont clairement des labeurs de cœur, souvent produits après des mois de travail. Prendre le temps de la relecture me paraît indispensable afin de compléter ce premier stade de création. Si le contenu (l’idée, l’histoire, les personnages) d’un projet est la partie essentielle, le contenant (présentation et orthographe) ne peut être négligé.

Revenons-en à mes espaces insécables. Mes efforts chez Sortie d’Usine étaient probablement quichottiens : avec le recul, je doute que mes mémos aient été vraiment pris au sérieux par mes collègues, mais il semble que ma fixation sur les règles typographiques ait à jamais marqué dans leurs esprits l’existence de ce signe typographique peu connu : l’espace insécable.

Personne ne s’attend à ce qu’un texte écrit en dehors d’un cadre de publication, soit conforme aux principes typographiques rigoureux de la langue française. Mais mettons-nous d’accord sur le besoin d’un minimum vital, ne serait-ce que du point de vue orthographique et grammatical.

Au risque de rappeler les conseils des professeurs de français de notre enfance, permettez-moi de dire : saisissons-nous de l’opportunité offerte par la relecture. C’est le premier moment où un texte va être testé, où un nouveau regard va se poser dessus. C’est l’occasion de le perfectionner afin de pouvoir le présenter sous son meilleur jour.

Un dernier conseil (promis, après j’arrête) : utiliser du papier. Je ne peux pas l’expliquer, mais lors du passage de l’écran à la feuille, on retrouve tout d’un coup dans un texte qu’on pensait impeccable plus d’une faute typographique et autre erreur de grammaire.

Allez, soyons sport : je reprends mon Bescherelle pour tenter de maîtriser cette foutue distinction entre participe passé et infinitif, et vous appelez votre pote capable d’expliquer de tête les règles d’utilisation du subjonctif passé. À vos claviers. J’ai hâte de vous lire.

Ce texte a été relu par Marie-Laure, Ariane, Françoise, Marie-Claire, Pierre, Gérard, Pierre-Jérôme et Raphaël. Je les cite ici pour toutes les fois où ils m’ont relu et où je n’ai pas eu l’occasion de les remercier.

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