Portraits de Scénaristes

Edouard Mutez : “La musique fait souvent émerger les premières idées”

Sur le papier le parcours d’Edouard Mutez entremêle théâtre et cinéma. Régisseur et auteur respectivement, le jeune trentenaire nous confie investir aujourd’hui son énergie dans l’écriture à temps plein. Diplômé de l’ESRA en réalisation, il répond à nos questions sur son rapport à l’écriture et ses expériences, de la page blanche à la production de ses œuvres.

© Guillaume Leroux

Cet entretien fait partie de « Portraits de Scénaristes », une série d’articles de Paper to Film dédiée aux scénaristes sélectionnés pour figurer sur la plateforme à son lancement. Il est composé d’extraits choisis et en partie édités, afin de clarifier et fluidifier le propos. Vous pouvez les retrouver tous sur cette page.

Sur son désir d’écriture

Depuis que je suis tout petit, je développe des histoires, que ce soit sous forme de dessins, de BDs, de scénario. J’ai grandi avec Canal+, j’ai visionné énormément de films dès l’enfance. Je crois que mon désir est venu de là, assez vite. Je n’ai jamais vraiment cessé d’écrire depuis que je suis gamin. Depuis plusieurs années, j’ai décidé d’essayer d’en vivre même si cela n’est pas évident.

C’est délicat d’affirmer “je suis scénariste”, lorsque ce n’est pas sa première source de revenu. J’avais plutôt tendance à dire que j’étais régisseur de théâtre mais maintenant je mets plus en avant l’auteur parce que c’est là où je pense avoir le plus de compétences, où j’investis le plus d’énergie. Mais se considérer comme scénariste se dire que « je suis scénariste », c’est quelque chose qui met du temps à venir.

Sur sa motivation et son quotidien d’écriture

C’est toujours un véritable enjeu de se motiver. Par chance j’ai plusieurs projets en binôme avec Benoît Moret. À deux, c’est plus simple de se relancer, on avance beaucoup plus vite. Seul, il faut se forcer. Je fais partie des auteurs pour qui c’est un enfer d’écrire. Je suis content après coup, une fois que j’ai bien avancé sur quelque chose, je me relis, je sais qu’il faut réécrire derrière toujours, mais je me dis “c’est pas si mal”.

Je travaille beaucoup sans mon ordinateur, je mets mes écouteurs et imagine des scènes, répliques, concepts. Je ne reviens à mon ordinateur qu’après ce travail de conception, je ne m’impose pas le face à face avec la page blanche. Mon rythme d’écriture est donc très variable. J’ai un rapport particulier à la musique. Je n’écoute que des B.O. de films, séries ou jeux vidéo. Lorsque je commence un projet, je commence par faire une playlist qui pourrait correspondre au projet, c’est elle qui fera émerger les premières idées.

Sur son approche d’une nouvelle histoire

Je n’ai pas de genèse type pour mes projets : un article que j’ai pu lire, une contrainte imposée par un concours… Une première grande ligne émerge, puis les personnages, décors, scènes, péripéties…

Sur le rythme de travail idéal avec un producteur

Pour avoir vécu les deux, je pense que finalement je préfère commencer avec le producteur. Cela permet d’identifier très tôt si nous sommes au diapason, et d’aller dans le bon sens directement. Les retours sur un projet que l’on considère comme fini en tant qu’auteur sont plus compliqués à intégrer, il faut se replonger dans la continuité dialoguée et retrouver son centre, pour satisfaire les demandes du producteur, tout en préservant son propos. Bien que l’exercice soit donc plus délicat avec un projet fini, je trouve ça tout de même plus rassurant que le producteur exprime son point de vue, propose des axes de réécriture plutôt que de valider le projet en bloc sans sourciller.

Pour Bad Buzz, nous avons rencontré (avec mon coauteur) des producteurs sur la même longueur d’onde, très attentifs au développement, qui ont su nous accompagner par leurs retours aussi bien artistiques que stratégiques. On a abouti à une belle bible, même si finalement on n’a pas réussi à vendre la série, personne ne s’est senti frustré.

À propos d’une de ses pires expériences avec un producteur

Je tairais le nom de la société de production. Ils étaient intéressés par l’un de mes projets, c’était une grosse société de production avec de gros moyens financiers. Et finalement, ils ont joué de leur stature pour reporter systématiquement la signature de l’option au prochain rendez-vous, rendez-vous qu’ils décalaient quasi systématiquement, pour du jour au lendemain ne plus donner de nouvelles. Même pas un e-mail ou un appel d’explication, juste rien. Aux dernières nouvelles le projet devait être présenté à une chaîne, mais je n’ai jamais eu de nouvelle. [NDLR la présentation écrite ou orale d’un projet par un producteur à un diffuseur alors que l’auteur n’est pas optionné est strictement interdite par la loi]

Sur son expérience avec les résidences d’écriture

Récemment j’ai participé à la résidence So Film, pour développer un court-métrage de polar. On a eu deux fois une semaine de résidence, avec 5 autres projets. La première semaine était dédiée à la réécriture de notre court-métrage avec l’aide de scénaristes professionnels. Semaine évidemment intensive, où chacune de nos intentions a été passée au crible, le tout dans une ambiance bienveillante et créatrice. La deuxième semaine consistait à travailler avec un compositeur et dessinateur, pour aboutir à quelques morceaux de bande-son et une ébauche de story-board pour pouvoir présenter lors du festival Summer Camp So Film à Nantes nos scénarios en lecture avec une bande-son et image. Nous étions seize projets présentés pour trois résidences différentes et cinq de ces projets ont été sélectionnés pour être produit par Canal+. Malheureusement le mien n’en faisait pas partie, mais j’ai pu trouver une société de production. Donc cela reste une excellente expérience et m’a convaincu de me lancer activement dans ces concours, il n’y a que des bonnes choses à en tirer.

Sur “Les Avariés”, son projet de série

Les Avariés est une série comique web (10x10), c’est l’humour de Kaamelott dans l’univers de The Walking Dead. On suit six personnages après une invasion zombie qui se sont réfugiés dans une ferme à la campagne. Ils sont tous pathologiquement abrutis, c’est cela qui fait que les zombies n’en veulent pas, ce sont eux les avariés et non les zombies. On ne rentrera jamais dans une explication scientifique, c’est juste une fable. On vit le quotidien de ces six personnages et leurs solutions de survie toutes aussi absurdes les unes que les autres. Si les fondations de la série reposent aujourd’hui sur du 10x10, elle est tout à fait fonctionnelle en 26 minutes, ce qui d’ailleurs m’intéresserait plus en tant qu’auteur.

Sur “Bad Buzz”, son projet de série

Bad Buzz est une série complètement absurde, on est dans des univers à la Will Ferrell ou Steve Carell, un humour particulièrement barré. Elle n’a évidemment rien à voir avec le film d’Eric et Quentin. Le pitch, dont nous avons la paternité, est de s’intéresser aux gens qui ont vécus un bad buzz sur internet et qui ont pu voir leur vie complètement détruite. On voulait donc s’intéresser au devenir de ces gens, on suit cinq personnages dans la série avec des bad buzz très différents. Ils vont suivre un stage vendu comme la méthode pour survivre à son bad buzz, mais en réalité ils vont tomber sur un intervenant qui va leur expliquer comment surfer sur leur bad buzz et en faire un métier. C’est ainsi que l’on fait la découverte de l’univers du buzz internet, une organisation tentaculaire et internationale construite comme une mafia. Tous les buzz sont pensés en amont et tournés par des professionnels.

Sur “Bunker”, son projet de court-métrage

On suit l’histoire du personnage principal, Lucas, qui se fait interner dans un bunker. Il est fouillé, vêtu d’un uniforme et enfermé dans une pièce. Le lendemain matin, il participe à un briefing avec plusieurs autres personnes et on comprend qu’ils sont là pour traduire un livre. Rien ne doit filtrer, cette traduction est de la plus haute importance. On se rend compte que Lucas est là pour voler le livre. C’est un huis clos, assez anxiogène. L’idée m’est venue suite à la lecture d’un article sur les conditions de travail des traducteurs d’un des derniers romans de Dan Brown.

Sur les projets qu’il développe actuellement

Je viens de terminer une pièce de théâtre. C’est la première que j’écris, après plusieurs courts-métrages et séries écrites, j’avais envie de voir mon travail prendre vie. Ma compagne étant dans une compagnie de théâtre j’avais donc l’assurance que le projet serait monté. J’avais ce besoin de voir un projet aller au bout du processus.