Portraits de Scénaristes

Jean-Philippe Beaumont : “ J’écris comme je monterai une scène : je coupe, je déplace”

Monteur-image devenu scénariste, Jean-Philipppe Beaumont pose sur ses écrits l’œil critique du monteur : le superflu est mis de côté pour laisser l’essentiel raconter l’histoire, et même l’Histoire, avec un grand H. Jean-Philipppe Beaumont choisit donc ses mots avec attention, avant de répondre à nos questions.

© Elisa Masiuk

Cet entretien fait partie de « Portraits de Scénaristes », une série d’articles de Paper to Film dédiée aux scénaristes sélectionnés pour figurer sur la plateforme à son lancement. Il est composé d’extraits choisis et en partie édités, afin de clarifier et fluidifier le propos. Chaque semaine, deux portraits seront publiés. Vous pouvez les retrouver tous sur cette page.

Sur son désir d’écriture

C’est un accident, pendant mes études de montage mon école était partenaire d’un séminaire d’un script doctor américain. Cela ne m’a pas converti de suite, mais étant de nature littéraire, je griffonnais régulièrement. J’ai appris en autodidacte et j’écris à part entière depuis deux ans.

Sur sa motivation et son quotidien d’écriture

Je suis porté par le projet, mais ayant plusieurs casquettes je peux laisser le projet décanter à volonté. Je travaille principalement le matin, en me fixant soit un nombre d’heures de travail ou une avancée précise dans le scénario. J’écris dans le calme, c’est mon côté monacal. À chaque nouvelle idée, je prends beaucoup de notes, pour ne pas qu’elle s’envole.

Sur son approche d’une nouvelle histoire

Je commence par le sujet, les grands axes dramatiques, puis j’effectue des recherches préliminaires. J’ai besoin de beaucoup me documenter pour affirmer mon cap, bien que souvent je m’éloigne de celui-ci dans la version finale. Ce n’est qu’à l’étape du synopsis que je m’attèle aux personnages qui par leurs réactions dans cet univers dessineront l’intrigue.

L’Histoire est un thème qui me fascine, autant pour la transmission, que pour la force de ses personnages et mythes. Donner envie au spectateur d’aller creuser plus loin le sujet par lui-même, si ce n’est lui faire découvrir une histoire méconnue. Cette passion historique m’a toujours animé, très jeune je regardais les émissions d’Alain Decaux ou lisais Dumas. J’aime les histoires donc l’Histoire.

Sur la différence entre écriture seule ou à plusieurs

Je préfère écrire seul pour coucher directement mes idées sur papier. À plusieurs cela permet d’accélérer le processus créatif, bien que parfois le ping-pong peut nous dissiper.

Sur le producteur idéal

Un oiseau rare. Il doit être audacieux, car je suis très axé sur les sujets historiques. Il s’implique, mais m’implique, m’accompagne dans le processus créatif autant que dans les démarches de financement. Il est combatif, il se bat pour porter jusqu’à l’écran le projet dans son intégrité.

Sur “L’Homme qui a tué la paix”, son scénario de long-métrage

C’est un biopic sur l’assassin de Jean Jaurès. L’histoire se situe dans la France du début du XXe, une France politiquement divisée suite à la défaite de 1870. C’est l’histoire d’un fils de petit bourgeois de province, Raoul Vilain, renfermé, qui s’isole du monde extérieur par un fanatisme religieux. Il va cristalliser la rancœur qu’il a envers son bon vivant de père, vers Jean Jaurès, jusqu’à commettre l’irréparable. Ce qui m’a intéressé dans ce projet est l’écho que le personnage de Raoul Vilain peut avoir dans notre société, son enfermement dans un intégrisme religieux.

Sur “Le Secret Voltaire”, son scénario de téléfilm

Le Secret Voltaire est un thriller historique. Un jeune trentenaire banlieusard, Jamal, vivant au jour le jour, trouve un poste en tant que gardien de nuit dans un musée. Il va se retrouver faussement accusé du vol d’une des pièces des collections du musée. Pour se disculper, il va se lancer dans une enquête qui s’avérera être celle de la véritable identité du Prisonnier au Masque de Fer. Il sera confronté à une société secrète prête à tout pour garder ce secret. Il devra affronter une Histoire dont lui-même se sent exclu.

Il y a clairement une inspiration de Dan Brown. Après la lecture de ses ouvrages, je ne me suis pas arrêté aux critiques sur la fiabilité aléatoire historique, mais j’ai constaté les effets du film : des tours opérateurs organisant des visites Da Vinci Code au Louvre, à Saint-Sulpice, à Londres. Cela a amené un nouveau public vers ce patrimoine historique. C’est cela qui m’a incité à écrire mon film.

C’est la recréation par Dan Brown des pièces manquantes inventées afin de relier des faits historiques véridiques, qui est pertinente. À ceci prêt que dans Le Secret Voltaire, j’essaye de démonter cette machination, la création d’une théorie fantaisiste afin de défendre ses croyances, il y a donc une mise en abîme, une déconstruction du genre du thriller à énigme historique.

Sur le rôle que joue son expérience de monteur dans l’écriture

Il y a évidemment une correspondance avec l’écriture, mon expérience fait que j’écris comme je monterai une scène : je coupe, je déplace. Cela apporte une synthèse supplémentaire, je peux avoir plusieurs scènes que je vais soit amalgamer en une, diffuser dans d’autres…

Sur son rêve de scénariste

Adapter une série de Dumas qui s’appelle Les Mémoires d’un médecin, qui couvre toute la période révolutionnaire depuis l’arrivée de Marie-Antoinette en France, jusqu’à son exécution. Sa galerie de personnages ferait passer Game of Thrones pour un film de Rohmer.