Portraits de Scénaristes

Patrice Costa : “la magie de la filiation, la mort et la naissance, la rencontre père-fils m’intriguent”

L’auteur et réalisateur de cinéma originaire de Marseille est aussi acteur de théâtre. À 42 ans, Patrice Costa est clairement conscient de l’importance du storytelling personnel : il revient avec nous sur son parcours et ses projets futurs de cinéma.

© Sophie Parel

Cet entretien fait partie de « Portraits de Scénaristes », une série d’articles de Paper to Film dédiée aux scénaristes sélectionnés pour figurer sur la plateforme à son lancement. Il est composé d’extraits choisis et en partie édités, afin de clarifier et fluidifier le propos. Chaque semaine, deux portraits seront publiés. Vous pouvez les retrouver tous sur cette page.

Sur son désir d’écriture

Au départ, il y a la grande complicité que j’ai avec mon frère, Anthony. On a passé une enfance baignée dans le cinéma. Ma mère nous faisait des fois sécher l’école pour regarder des films, et je passais beaucoup de temps à chercher la perle rare dans les rayons de mon vidéoclub chéri. À l’adolescence, avec mon frère, on était constamment en effervescence avec des idées d’histoires courtes qu’on écrivait, qu’on tournait et qu’on envoyait à Canal+. Plus tard, alors que mon père venait de mourir et que nous étions plongés dans un repas de famille, quelqu’un a dit : « personne n’est jamais revenu de la mort pour nous expliquer ce qu’il y a derrière », et cette phrase a résonné. J’ai alors écris une histoire, Janus en allant chercher l’éclairage scientifique qui me manquait auprès d’astrophysiciens de l’observatoire de Paris et d’un thanatopracteur. Le scénario est finalement resté dans mon tiroir parce que ça coûterait 3 fois le prix d’Avatar ! Mais le positif a été que cela m’a plongé dans le questionnement des codes de la scénarisation et de la dramaturgie.

Sur sa motivation et son quotidien d’écriture

Ce qui me motive ne m’appartient pas, quelque part. C’est au delà de moi-même. Quand une idée me vient, j’y pense jour et nuit ; je la dissèque dans tous les sens pour voir si cela résiste à l’examen, pour comprendre quelle est mon intention derrière l’idée. Je n’ai pas à me motiver pour travailler, je dois plutôt me motiver pour lâcher un peu mon travail.

Avant, je ruminais tout au long de la journée des pensées de pistes à suivre, de nœuds et de thèmes, puis quand la nuit tombait, je me lançais. C’était embêtant pour beaucoup de monde autour de moi, cela me poussait à vivre à des heures impossibles, je ne dormais pas ou très peu. Avec Milo, on a modifié ce rythme-là. Mon coauteur [ndlr Éric Wiener] et moi-même nous sommes donnés des heures fixes à tenir, souvent le matin et quelque soit le niveau d’inspiration dans lequel nous attaquions une séance, nous allions au bout. Et souvent c’était dans la dernière heure que les meilleures choses venaient.

Sur son approche d’une nouvelle histoire

Chaque histoire est différente, avec ses propres voies d’accès. J’expérimente cela au théâtre aussi, il n’y a pas une technique propre à l’élaboration d’un rôle, c’est chaque fois différent. Et pour l’écriture c’est pareil. Parfois j’entre dans une histoire par un personnage, puis la fois suivante c’est une idée, une pensée, une philosophie comme cette phrase « personne n’est jamais revenu de la mort ». Cela peut être une image, je ne rentre jamais deux fois de la même manière dans une histoire. Ce qui est toujours pareil dans mon cas, c’est que cela me frappe comme une gifle. Plus l’écho est long, plus l’idée en question a de sens et d’épaisseur.

[Quand j’ai une nouvelle idée] je commence tout de suite à écrire, mais sur du papier. Si je la garde en moi, je risque de l’abandonner pour une autre idée qui me vient derrière et je n’aurais pas de trace. Donc je préfère noircir quelques pages, souvent une bonne quinzaine, accompagnées de dessins, de citations… Une fois que j’ai ce tas de pages un peu informe, je commence à mettre des numéros. Cela me donne une première ébauche de la structure sur laquelle je vais pouvoir travailler par la suite.

Sur la relation auteur-agent

Ce serait quelqu’un qui me mettrait en relation avec les bonnes personnes.

Sur le producteur idéal

Il est primordial pour moi qu’il y ait un échange avec le producteur. C’est souvent à travers ces discussions que différentes pistes grandissent et deviennent crédibles, ou au contraire, permettent d’éteindre une idée trop hasardeuse. Mais au final, je reste maître de mon histoire. Si ce n’était pas le cas, j’aurais le sentiment de ne plus tenir les clefs qui régissent les roulement internes de cette histoire, et donc de ne pas pouvoir la comprendre plus que tous.

[Le producteur idéal] ce serait pour moi quelqu’un qui mette l’artistique avant tout. Quelqu’un qui ait une conscience sans faille que sa place est celle d’un créateur. De manière générale, le producteur n’est pas uniquement là pour le « comment » et les infrastructures à travers l’argent ; il y a bien moins risqué que le cinéma pour gagner de l’argent. L’ambition première de cet « idéal » producteur serait donc de faire apparaître le film qu’il voudrait voir à l’écran. Mais pour l’instant, le producteur idéal serait celui qui me permettrait de réaliser Milo.

Sur ses projets actuels

Je travaille sur un projet qui s’appelle Le Dernier Viking. Cela se passe dans un hôpital. Les rôles principaux sont tenus par des ados ou des pré-ados principalement, ils ont entre 11 et 13 ans. Dans un hôpital, un enfant malade trouve de la force en se passionnant pour le monde des Vikings. L’évolution de sa maladie se présente mal. Un jour, il rencontre une jeune fille de son âge venue rendre visite à sa grand-mère mourante. C’est le coup de foudre total. Il y a aussi la bande de copains du gamin, ses parents — son père est maire de la ville, le personnel hospitalier et un homme un peu simplet très proche des enfants. L’histoire s’articule autour d’un rêve que l’enfant malade affectionne : avoir des funérailles comme celles des rois vikings, le bateau en flamme qui vogue jusqu’au Walhalla… Evidemment c’est interdit. Encore une fois je parle des limites de la vie, de la mort et de la filiation.

Sur “Milo”, son scénario de long-métrage

“Grièvement blessé au cœur d’une forêt loin de toute civilisation, un homme repousse ses limites en affrontant un adolescent asocial pour sauver la vie d’un enfant. Peu à peu, il devient clair que ces trois personnes ne font qu’une”. Milo c’est l’histoire d’un combat, un homme s’affronte lui même dans les pas de la mort, non pas pour vivre, mais juste pour s’accepter et peut être s’aimer.

On écrivait déjà Le Dernier Viking, que l’on a laissé tomber parce que je n’y croyais plus. J’avais le sentiment que le film commençait à se coudre de fils blancs, à partir de l’acte 2, c’est le moment où tous les scénarios se plantent. On a laissé tomber. J’étais au théâtre, j’allais entrer sur scène, je pensais à mon fils d’un an et je me suis dit : « si j’ai un accident alors que je suis avec lui, un accident qui me laisse mortellement blessé, aurais-je la force de résister à la mort pour essayer de le sauver lui, de le mettre en sécurité ? » De là est venu Milo. On a écrit une sorte de première couche du scénario : un homme blessé avec son fils après un accident de la route. Il cherche tant bien que mal à sortir l’enfant de cette histoire et le ramener à la civilisation. Cela parlait de certaines légendes urbaines où une mère voit son fils sous les roues d’un camion et soulève 3 tonnes d’acier pour l’en sortir. Mais il manquait quelque chose pour moi. Alors, nous sommes entré dans la psychologie du personnage principal. Nous nous sommes posés les vraies questions concernant la mort, la survie, la paternité, la filiation… Que voulions-nous raconter vraiment à travers cette histoire de survie ? C’est ainsi que de « sauver l’enfant » l’histoire est devenue « se sauver lui-même ».

Sur la filiation, un thème récurrent dans son travail

La mort de mon père m’a terriblement marquée alors que j’avais 18 ans. Et je viens d’avoir un enfant… Il y a une forme d’immortalité dans les enfants, puisque la jeunesse se perpétue d’une génération à l’autre. C’est un système qui m’intrigue. Quand j’ai appris que j’allais avoir un enfant, j’ai vu son visage alors que je ne connaissais pas encore son sexe. J’ai eu le sentiment de le connaître déjà. Et quand je le regarde maintenant j’ai toujours ce sentiment-là. Evidemment, je ne pouvais pas connaître mon fils à l’avance, mais cela me prouve qu’il y a un pan de « la vie » caché et que certaines connections entre nous tous se font par delà le temps et l’espace. C’est cette magie de la filiation, de la mort et la naissance, de la rencontre père-fils, ce rapport-là qui m’intrigue et que j’ai envie de creuser, d’en parler.

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